L'Âne d'or -Les métamorphoses
Livres, Apulee
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de Apulee
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Un jeune homme intéressé par la magie se retrouve, en raison d'une mauvaise manoeuvre, transformé en âne. Il garde cependant sous cette apparence l'intelligence et même les appétits d'un humain. Mieux : ses grandes oreilles lui permettent d'entendre, avec davantage de finesse qu'un humain, tout ce que disent les personnes autour de lui. On devine que Les Métamorphoses, ou l'Âne d'Or (qui n'est pas d'or du tout) permettront au lecteur d'entrer dans la vie quotidienne dans l'Empire romain du IIe siècle. Par ailleurs, parce que tout le monde le prend pour un âne véritable, astreint aux tâches ordinaires et ingrates qu'on assigne de coutume aux animaux de son espèce, parce que ses instincts humains, ses mauvais calculs et son caractère imprudent l'amènent à se comporter d'une manière que ses maîtres n'apprécient pas toujours, parce que la Fortune ne lui sera jamais favorable dans la durée, le malheureux subira bien des tribulations.C'est le sujet, qui comporte déjà une ambiguïté, celle d'un être qui réunit en lui les ordres de l'humanité et de l'animalité. Et ce ne sera pas la seule. Quel est ce récit ? C'est pour nous un roman, genre qui n'avait pas de nom pendant l'Antiquité. Mais là-dessus se greffent d'autres narrations dans la narration, dont la plupart pourraient, à titre de contes, être lues séparément. Ces digressions, qui commencent de manière simple et naturelle et se terminent avec aisance et esprit, n'ennuient jamais, parce que ce sont des histoires vivantes et pittoresques, de même que l'aventure personnelle de Lucius, tel est le nom de notre héros, avec ses successions de chances et de mésaventures, avec la variété des milieux qu'il décrit, la sensualité printanière de certains épisodes, ne lassera pas le lecteur le plus impatient.Que pense réellement l'auteur qui présente avec malignité son histoire comme un récit milésien, un texte popularisant, voire grossier, et sans ambition littéraire ? Nous sentons bien, derrière les réminiscences littéraires qui débutent ses chapitres, avec la mise en scène connue depuis Homère de la nuit, de l'aurore et du jour, qu'il ne faut pas prendre au sérieux ce qu'il nous dit et que l'ironie, le doute perpétuel où nous sommes de savoir s'il n'y a pas un second degré derrière le premier, se joignent à l'humour des situations pour nous faire lire ces aventures avec un sourire léger. Ces longs discours pompeux dans lesquels des bandits narrent leurs héroïques brigandages corrodent implicitement la gloire des épopées, la façon dont les dieux se comportent comme des êtres du quotidien affaiblit la majesté du religieux; mais dans ce dernier cas, la naïveté des narrateurs peut excuser l'irrévérence de la narration et en ôter la responsabilité à l'auteur lui-même. Premier ou second degré ? Apulée n'est-il pas à son époque ce que seront les libertins du XVIIe siècle ? Quant à la fin, inattendue et paradoxale, elle laisse un doute sur ce que nous avions cru comprendre de l'auteur et de son propos. Même si le caractère scabreux de certains passages ne fait pas de l'Âne d'Or un livre pour enfants, le roman peut être lu comme une histoire pittoresque, ou plutôt une série d'histoires; un lecteur plus cultivé et perspicace y découvrira bien autre chose, sans savoir s'il a bien interprété. Il y a différents niveaux de lecture, qui d'ailleurs ne s'excluent pas. Partout règne l'ambiguïté.La traduction est fluide et élégante, ce sont les qualités qui conviennent au roman. La savante traductrice nous fournit dans la préface toutes les informations nécessaires et les notes éclairent le lecteur sur les mots ou les faits d'époque. Cependant, je dois dire que c'est le hasard qui m'a fait lire le livre dans cette édition et que je ne peux rien dire des mérites des autres.
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